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Vous êtes dans : Accueil >> Un écho d’Israël > > Un écho d’Israël 44 : déc 08 - janv 09

Dossier : on parle russe en Israël

samedi 20 décembre 2008, par Antoinette Bremond


Plus d’un million d’Israéliens parlent russe soit 20% de la population. Une immigration d’une ampleur jamais connue jusque là. On les reconnaît à leur langue, le russe, qui s’est implantée dans le pays, parlée par une minorité de la population. Minorité que les Israéliens appellent les Russes et qui fait des autres, en quelque sorte, des illettrés, ne pouvant lire ni leur presse, ni les enseignes des magasins et ne comprenant rien à leurs émissions télévisées. D’où l’ouverture d’Oulpans pour apprendre le russe !

Remonter une partie de la rue Agrippas près du marché Mahané Yehouda à Jérusalem, c’est découvrir un service internet russe, une librairie russe, deux bibliothèques de livres russes, un photographe, un cordonnier, deux self-services où tous les produits portent des étiquettes en russe, une grande surface non casher avec un étalage impressionnant de bouteilles, un magasin de vaisselles… Partout on parle russe, même si les Israéliens (c’est ainsi que les Russes nous désignent) peuvent entrer et acheter en hébreu. Il faudrait encore parler des employés de la pharmacie du marché et du kiosque de journaux où la presse russe occupe une place importante.

Téléphoner à la mairie pour avoir des renseignements et devoir préciser en quelle langue on désire converser : en hébreu, en russe ou en anglais. Découvrir dans tous les services administratifs des fonctionnaires parlant cet hébreu chantant, ce « parlé russe » permettant aux Russes ne sachant pas ou peu l’hébreu de pouvoir partout trouver un frère, une sœur qui le comprendra. Dans les hôpitaux, dans les autobus, dans les rues, sur la plage, partout (sans compter les hôtels et leurs touristes russes de plus en plus nombreux) et ce n’est pas rare de se faire accoster : « Tu parles russe ? » ! On parle d’une petite Russie en Israël.

Les fondateurs d’Israël sont des Russes

Ne les prenons pas pour des envahisseurs ou pour des usurpateurs. Ils sont chez eux. Rappelons-nous que les Juifs russes comptent de nombreux fondateurs de ce pays ! Fondateurs aussi de l’hébreu moderne, avec Eliézer Ben Yehouda arrivé de Lituanie en 1881 et interdisant à sa femme de parler russe à son premier-né… seulement l’hébreu.

A la suite des pogroms de Russie de 1881à 1882, près de 25 000 Juifs de Russie, de Roumanie arrivent en Israël. C’est la première immigration (alya). Puis, entre 1904 et 1914, à la suite du pogrom de la Russie tsariste et antisémite, 35 000 Juifs de Russie et de Pologne. C’est la deuxième alya… Enfin, de 1914 à 1923, quelques 35 000 Juifs de Russie et de Pologne immigrent en Israël. La troisième alya.

Il faudrait parler ici de David Ben Gourion, né en Russie tsariste (Pologne), venu en Palestine en 1906. Et de tant de ces « Amants de Sion » qui, d’Ukraine, de Biélorussie, de Galicie, sont venus en pionniers. Certains ont fondé des kibboutz, comme Joseph Baratz, né en Ukraine, le Kibboutz Degania. D’autres rejoignent le mouvement ouvrier créant la Histadrout, la Hagana, comme Dov Hoz. C’est encore eux qui vont créer les structures du nouvel Etat, les banques, les caisses maladies, les dispensaires, les premiers collèges hébraïques, le Technion, au début du siècle. Citons Katznelson Berl, de Bielorussie, qui va jouer un rôle important dans la création de ces instituts, en particulier de la banque Hapoalim et du quotidien Davar. Mais il faudrait aussi parler d’écrivains comme Bialik Haïm Nahman (1924), des poètes comme Haméri Avigdor, ou Rahel, qui composera très vite en hébreu (1909), de Ahazonovich Yosef, écrivain (1900), de peintres et de musiciens. C’est aussi un Russe, Imber Naftali Hetz, qui a composé l’hymne national, la Tikva, On ne peut pas ne pas mentionner le théoricien du sionisme culturel, Ahad Haam (1922), et Eliezer Kaplan, de Russie (1920) trésorier de l’Agence juive, puis ministre des Finances 1948-1950. Sans oublier Golda Meir, venue en 1912 d’Ukraine, Premier ministre de 1969 à1974.

Ces premiers immigrants arrivant en Palestine sont porteurs du rêve sioniste. Ils arrivent avec leur culture et mentalité russes, leurs livres russes, leurs jurons russes. L’écrivain Meir Shalev en parle dans son Roman russe : « La tradition russe a laissé des traces visibles sur la culture israélienne. Les racines de la littérature israélienne plongent dans la littérature russe… même si, plus tard, la littérature israélienne et la littérature russe ont divergé… à cause de l’absence de traducteurs ! ». Beaucoup de chants folkloriques sont empreints de mélodies russes.

Une immigration massive

L’URSS avait fermé ses portes à l’émigration. En 1970, une semi ouverture permet à 170 000 Juifs d’immigrer en Israël, laissant derrière eux les Refuzniks, ceux à qui l’on refusait tout visa de sortie, jusqu’au droit d’apprendre l’hébreu. De ces « prisonniers de Sion », les Israéliens connaissaient Natan Sharansky et Ida Nudel.

En 1986, une enseignante d’oulpan nous annonça une bonne nouvelle : 1000 Juifs russes allaient pouvoir immigrer ! (fin du régime de Gorbatchev). « Mais comment Israël pouvait-il intégrer un nombre si élevé d’immigrants » pensions-nous. Or, dès l’ouverture du rideau de fer, c’est par centaines de milliers que les Juifs de l’ex-Union Soviétique arriveront en Israël.
De 1989 à 2005, ils sont environ 1 200 000 à avoir immigré de Russie, d’Ukraine et des Républiques de l’ex-URSS. Du jamais vu de par son nombre et sa qualité. En 1980 : 12 000 ; en 1990 : 185 000 ; en 1991 : 150 000. Puis, de 1992 à 1995 : 65 000 par an. Entre 1996 et 1997 : 60 000 par an. Ces chiffres continueront à diminuer. En 2005, on ne compte plus que 12 000 nouveaux immigrants russes et en 2007 il n’y en aura que 6700. Notons l’activité incessante menée par l’Agence juive et Nativ dans ces pays russophones dès 1990 pour encourager et organiser l’immigration vers Israël.

Ils sont trop nombreux pour suivre la filière habituelle d’intégration qui consistait à recevoir les nouveaux venus dans des centres d’absorption où, pendant six mois, ils étaient totalement pris en charge par le gouvernement, et se familiarisaient avec la réalité israélienne et la langue. L’Etat va donc leur donner un « panier d’intégration », une certaine somme d’argent leur permettant de trouver un logement, de couvrir leurs dépenses, de suivre des cours d’hébreu, de trouver un travail et des écoles adaptées pour leurs enfants. La majorité d’entre eux va s’installer dans les villes et les quartiers où vivent déjà des Russes. Là, ils trouveront de nombreuses associations russes pour les aider. Ils resteront donc en dehors de toute pression de la société israélienne pour s’intégrer dans le pays à tous les niveaux.

Ces Russes vont donc s’installer en priorité dans les villes. De 1992 à 1995, cette population a doublé à Ashdod, et a augmenté de 70% à Beérsheva. Dans certaines petites localités comme Mitzpe Ramon, ils représentent la moitié de la population. C’est intéressant de noter que ceux de Moscou et de St Pétersbourg sont nombreux à Jérusalem, ceux d’Asie Centrale, à Tel Aviv, ceux de Khurkov à Haïfa. Plusieurs municipalités ont des maires russes. A Ashdod, si le maire est d’origine marocaine, son adjoint est russe. Dans ses quartiers marocains, l’ambiance est méditerranéenne, dans les quartiers russes, c’est l’Europe des petites familles.

Ce repli communautaire a été parfois favorisé par la réaction des Israéliens : l’enthousiasme du début a peu à peu disparu pour faire place à un « ras-le-bol », trop, c’est trop ! « Ils vont prendre notre travail, nos appartements, le chômage va augmenter, ils sont partout. » On commence aussi à parler de la mafia russe, de la prostitution comme étant le résultat de cette immigration. En 1994, 25% des Israéliens ne souhaitent pas un voisinage direct avec les Russes, ces gens différents en tout. Et certains de ces Russes de dire : « En Russie, on nous traitait de Juifs, ici on nous traite de Russes, on a l’impression d’être des citoyens de seconde zone ». C’est parfois lorsqu’un de leurs soldats a été tué qu’ils se sentent faisant vraiment partie de la population israélienne, à part entière, et reconnus comme tels. « Depuis que mon fils David Gordokal, nouvel immigrant d’Ukraine, a été tué à Ramallah en septembre 2004, je sens qu’Israël est vraiment devenu mon pays », dit Olga, habitante de Nazareth Illit.

Mais qui sont ils ?

La majorité de ces nouveaux immigrants ne sont pas, comme les fondateurs, animés d’un idéal sioniste. Ils sont laïques, leur judaïté n’étant pas pour eux une religion, mais une ethnie. Tous ont pu bénéficier de la « Loi du Retour » devenant ainsi citoyens d’Israël, pour autant qu’ils pouvaient prouver avoir un grand parent juif. Mais pour le rabbinat, un quart de ces Russes ne sont pas juifs selon la halakha, puisque leur mère n’est pas juive. D’année en année, la proportion de ceux qui sont considérés comme non juifs a augmenté, atteignant en 2005, les 55% de la population russe. Pour se mettre en règle, plusieurs milliers de ces non juifs passent par la conversion. Cimentée par une même langue, une même culture, cette communauté n’a pas vraiment de problèmes avec ses « non juifs ». En effet, elle se définit, en général, comme non religieuse, mangeant comme en Russie, ne fêtant que les fêtes nationales et familiales, Noël et Pâques selon la coutume des chrétiens orthodoxes, et Pessah.

Pourtant, si dans un premier temps, ces nouveaux immigrants sont apparus plus russes que juifs, peu à peu, au fil des ans, et suivant la trajectoire de chacun, certains vont retrouver leur judaïté. Citons à ce propos cette conférence organisée en octobre 2008 à Ashkelon par le Limoud FSU (organisme d’étude pour les citoyens de l’Ex URSS) à l’intention des nouveaux immigrants russophones. 1600 Russes étaient là, étudiant pendant deux jours les textes sacrés, la culture et l’histoire juives. Cette communauté désire en savoir maintenant un peu plus sur son identité et le pourquoi de leur venue en Israël. Installés, ils veulent savoir qui ils sont. Ces dernières années, des groupes d’étude de textes juifs se font de plus en plus nombreux au sein de cette communauté russe. Il est curieux de constater que cette ouverture vers leur judaïté vient essentiellement de la Russie elle-même où les Juifs y vivant librement sont désireux de retrouver leurs racines, leur religion, leur histoire.

Leur place dans le pays

Cette communauté très talentueuse, liée par sa langue et sa culture, ne s’est pas assimilée à la société israélienne suivant le schéma préconisé par les premières immigrations. Elle n’a pas renoncé à son identité d’origine véhiculée par sa langue et sa culture. Elle n’a pas non plus voulu se marginaliser, ni se séparer de la société qui l’accueillait. Les Russes veulent s’intégrer, en tant que tels dans leur nouveau pays, mettre leur ethnie, leur identité, leurs aspirations propres au service du pays qui les accueille, l’influencer de l’intérieur, désirant que ce pays tienne compte d’eux, tels qu’ils sont.

La puissance de la langue russe, ciment de leur identité, a freiné pendant les premières années l’apprentissage de l’hébreu. Dans certaines épreuves de diplômes d’Etat, l’utilisation du russe a été acceptée. Il y a certains cours en russe, un cours de guide par exemple. Cette langue était au début comme une planche de salut pour ces déracinés, leur permettant de tenir. Actuellement, les jeunes préfèrent l’hébreu au russe… être comme les autres. Signalons qu’actuellement, il existe des oulpans pour apprendre le russe.

Une communauté de haut niveau

En 1998 on comptait 78 000 ingénieurs, scientifiques et architectes, 16 000 médecins et dentistes, 18 000 infirmières, 36 000 enseignants, 16 000 artistes, musiciens, écrivains, poètes. La moitié des adultes arrivés avait fait des études supérieures, contre 28% en Israël. D’où une grande exigence au niveau intellectuel. Mais les professions de ces nouveaux immigrants ne répondaient pas toujours aux besoins du marché du travail israélien. Par exemple, les médecins israéliens étaient déjà 12 000 et semblaient répondre à la demande. Il leur a fallu souvent changer de profession. On cite le cas du professeur d’université devenu plongeur dans un restaurant, du médecin trouvant sa place comme dessinateur humoristique, d’un musicien et d’un comédien se retrouvant travailler dans un supermarché. En 2000, 35% des universitaires travaillaient dans leur profession. Le niveau des chômeurs chez les Russes atteignait 13% alors que la moyenne israélienne était de 9%.
Malgré cela, cette communauté s’est intégrée relativement rapidement, trouvant sa place dans le monde du travail, de la culture et de la politique, même s’ils sont encore souvent moins payés que les autres. Actuellement plus de la moitié des Russes sont propriétaires de leur logement.

Leur rôle dans la technologie

Que faire avec ces scientifiques très spécialisés qui, étant habitués au système hiérarchisé, ont souvent de la peine à créer de façon autonome ? Sur les 12 000 chercheurs, les trois quarts ont pu trouver leur place dans le domaine de la Recherche ou de l’Enseignement. Mis à la disposition des universités et des centres de recherche pendant une période de trois ans, ils reçoivent un salaire assez bas, payé en partie par l’Etat.
Un système de pépinières technologiques a été mis en place en 1990 pour ces « cerveaux russes », sociétés financées à 80% par l’Etat, permettant de transformer une idée abstraite n’existant que sur le papier en un produit commercialisable et exportable, les Russes scientifiques n’ayant pas toujours ce don de commercialiser leurs découvertes. Ceux-ci représentent , en particulier en mathématique fondamentale et appliquée, en physique théorique, en géologie et électronique, un apport considérable aussi bien au niveau de l’enseignement universitaire que de la réalisation de certains projets. Un apport à bon prix, puisqu’ils sont arrivés en Israël « tout formés » et que leur salaire reste léger. Grâce à ce système de pépinières où la majorité des recherches est menée par des Russes, Israël est aujourd’hui l’un des pays à avoir le plus grand nombre de projets en haute technologie.

La culture et le sport

La culture avait déjà en URSS une place très importante. Dans ce régime soviétique étouffant, elle n’était pas un luxe, mais de l’oxygène vital : les livres, la musique, l’art, les amis.
Il faudrait pouvoir parler de la musique russe et des très nombreux orchestres qui se sont créés en Israël. Mais aussi du théâtre où la spécificité russe s’harmonise avec la réalité du quotidien israélien. La troupe Gesher, fondée en 1991, en est un bon exemple. Dés le début les acteurs parlaient en hébreu, langue qui leur était encore étrangère. La troupe Gesher, très renommée aujourd’hui, porte bien son nom, le pont : « Être un pont entre notre nouveau et notre ancien pays. » Darmidov, 43 ans, l’un de ses acteurs, est clair : « Israël nous a changés, mais nous avons changé Israël. Le pays est devenu plus européen et moins religieux. »
Les bibliothèques se multiplient, les activités culturelles, les magazines, les instituts. Ces activités culturelles sont souvent en russe, des artistes viennent de Russie en tournée en Israël. Les écrivains continuent à écrire en russe, même si la plupart sont bilingues. Peu à peu ces nouveaux citoyens impriment leur marque dans la vie culturelle du pays. En Israël, les Russes désirent préserver leur culture qu’ils estiment supérieure à celle de leur pays d’accueil et la transmettre à leurs enfants. Des écoles russes privées de haut niveau, des cours du soir, sont organisés pour les jeunes. Nombreux sont les étudiants russes dans les universités du pays.

« Cette immigration va-t-elle donner naissance aux élites israéliennes de demain ? » se demande Danielle Storpez Pereg, sociologue. Le sport est une autre valeur russe et soviétique permettant aux nouveaux immigrants russes de s’imposer dans plusieurs disciplines : natation, patinage, tennis, basket-ball, football, hand-ball. Ils sont à l’origine de cet essor populaire du sport en Israël de ces dix dernières années. Les salles de gym et les piscines se multiplient. Dans les compétitions sportives, les immigrants d’ex-Union soviétiques se sont particulièrement distingués dans l’athlétisme. Citons le perchiste, Konstantin Sermyhov, record israélien de saut, 5,76m et dans les sports nautiques, Anna Gostameisky, médaille d’or en nage libre (100m).

Les médias

Dès leur arrivée, une presse russe importante est apparue. Dans les années 91-92, elle dépassait la presse israélienne avec des dizaines de journaux en russe et un tirage de un million d’exemplaires par semaine. Une chaîne de TV et des stations de radio émettent en russe. Il faut dire qu’en 1993, seuls 14% lisent en hébreu. (ces journaux ne sont pas traduits en hébreu contrairement au journal mensuel éthiopien). Aux quatre quotidiens, Nasha Strana(notre pays), travailliste ; Vrenia,(le temps) ; Vesti,(nouvelles) et Novasti Nodeli,(nouvelles de la semaine), Likoud s’ajoutent une dizaine d’hebdomadaires, et, dans certaines municipalités, des publications locales. Ils se veulent être des journaux israéliens en russe et vont jouer un rôle important dans l’intégration de cette communauté. Actuellement le tirage des journaux a beaucoup diminué ; de plus en plus de Russes lisent la presse en hébreu.

La politique

Le million de Russes va jouer fortement sur la carte politique du pays. Les deux grands partis vont tout faire pour les attirer. Aux élections législatives du 23 juin 1992, ils sont 260 000 votants, soit 7,5% de l’électorat. Si, au début, les voix russes se portent vers la droite israélienne qui leur a ouvert les portes (1991), le Likoud les déçoit, ne répondant pas à leurs besoins. La question politique de rendre ou de ne pas rendre les Territoires passe après leur intégration.

En 92, ils votent à 60% travaillistes. Ce parti semble avoir mieux compris leur préoccupation majeure : leur intégration économique et sociale. Pendant la campagne électorale, des émissions télévisées travaillistes sont sous titrées en russe. Shimon Pérès dit quelques mots en cette langue et Itzhak Rabin rappelle les origines russes de ses parents. La gauche rejoint le désir des Russes de séparer la religion de l’Etat. Sans le vouloir, les Russes ont souvent été les arbitres de la politique du pays. Par exemple leur soutien aux travaillistes a facilité les accords d’Oslo.

Quatre ans plus tard, les Russes décident de constituer leur propre parti. A ce moment là, avec 500 000 électeurs, ils représentent 12,5% de l’électorat. Le 29 mai 1996, ils créent Israël Ba-Alya, dirigé par Natan Sharansky, qui récolte 1/3 de l’électorat russe, soit 7 sièges et ce parti participera au gouvernement avec deux ministères. Israël Ba-Alya doit son succès à son leader, un ancien refuznik. Son parti est ethnique, un seul élu n’est pas russe, mais parle russe. Il rassemble l’aile droite et l’aile gauche de l’électorat russe. Même si ce parti soutient Netanyahou, affirmant que le peuple juif possède un droit inaliénable sur la terre d’Israël, très peu de Russes se sont installés dans les Territoires : 7 000 dans les différentes implantations de Judée Samarie. Le parti Israël Ba-Alya disparaîtra en rejoignant le Likoud en 2003.

Il existe un autre parti politique créé par Avigdor Liberman en 1999 regroupant les ressortissants russes qui soutiennent une ligne dure dans la négociation avec l’Autorité palestinienne. En 2006 il obtient 11 sièges à la Knesset. Avigdor Liberman devient ministre des affaires stratégiques. Pour les élections du 28 mars 2006, la communauté russe représente de 18 à 20 sièges sur un total de 120 sièges. La tendance politique actuelle est beaucoup moins communautariste, les candidats russes se répartissant dans les divers partis. Par exemple, Kadima présentait six candidats russophones.

L’émigration russe

En 2006, il y a plus de Russes qui quittent Israël que d’immigrants. Ce qui pose un sérieux problème à l’Etat d’Israël. Après des années de vie difficile, de guerres et des bruits de guerre, il semble que le moral s’use, d’autant plus que la plupart n’ont pas d’idéal sioniste. « Ma meilleure amie a perdu son copain à l’attentat du Delphinarium. » « Une roquette katioucha est tombée dans ma rue pendant la deuxième guerre du Liban. »

Ils sont actuellement des milliers à émigrer vers le Canada. Et ceux-ci y attirent leur famille restée en Israël. Le Canada… c’est comme une copie occidentale de la Russie, même climat, même niveau d’éducation. Le Canada les attend ! 20 journaux et magazines en russe, des chaînes de TV russes, locales ou nationales, et des écoles bilingues.
Un russophone sur deux a passé par Israël avant d’émigrer au Canada. La communauté russe au Canada représente déjà plusieurs centaines de milliers d’habitants dont 200 000 à Toronto.

D’autres partent pour l’Allemagne où ils retrouvent une communauté juive russophone venue directement de la Russie et des Juifs israéliens ayant émigré en Allemagne. (4000 en 2006). La communauté juive en Allemagne a triplé de volume ces dernières années. « Nous étions 1200 à Düsseldorf, nous sommes 15 000 actuellement. »
Enfin certains retournent en Russie. Il y a ceux qui, grâce aux nouvelles relations entre Israël et la Russie, partagent leur activité professionnelle entre ces deux pays. Les compagnies d’aviation organisent des vols spéciaux pour la Russie.
Moscou accueille depuis quelques années des tournées de théâtre israélien, des groupes musicaux, des festivals de cinéma israélien. Les Russes découvrent la peinture et la photographie israéliennes. Des festivals culinaires et des conférences sur le judaïsme sont très suivis. « Les Russes nous reviennent avec les fruits dont les graines avaient été semées dans le sol russe mais qui ont mûri sur une autre terre. Ils nous reviennent enrichis de la culture du Proche Orient ». (Marianna Belmkaïa)

Ces départs ne sont-ils que négatifs ? L’avenir le dira, mais déjà ce mouvement ouvre Israël à des relations internationales de grande envergure passant par ce réseau des Russes israéliens présents à l’étranger.

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