Suite à une conférence de Simon Epstein, professeur à l’Université Hébraïque, historien et maître de conférence ce mardi 17 novembre au Bnei Brit de Jérusalem, décryptage des problèmes et des défis de la société israélienne. Sur les questions de politique extérieure et face à ses adversaires, l’entente au sein de la société israélienne semble quasi générale. Des lignes de fractures se profilent cependant lorsqu’on se penche sur la société et ses problèmes internes.
Des fractures internes à la société
"En Israël, quand il s’agit de la nocivité profonde du Hamas ou de la perfidie de Goldstone, tout le monde est d’accord… Cependant, il y a une rupture avec la société" souligne Simon Epstein à l’ouverture de la conférence.
Premier défi pour la société israélienne, l’immigration : l’alia. Grâce au processus bouleversant du retour à Sion, 45% du peuple Juif vit déjà en Israël. A ce rythme, la majorité sera atteinte dans quelques années. "C’est exaltant mais aussi inquiétant » affirme le professeur. Inquiétant en effet est le déclin démographique de la Diaspora qui a mis plusieurs siècles à se tisser depuis le milieu du premier millénaire de l’ère chrétienne. L’alia (immigration vers Israël) pose aussi le problème de l’assimilation. L’enjeu est la formation de l’identité de la société israélienne, l’Etat doit veiller à ce que l’assimilation soit réussie et en donner les moyens. Nouvelle société aux racines anciennes, elle est encore aujourd’hui en cours d’unification et, par son dynamisme et sa jeunesse, elle est sans cesse en pleine évolution. Assimilation des nouveaux arrivants, mais aussi assimilation des non-juifs, Européens de l’Est, Asiatiques et Africains accueillis depuis les années 1990 et qui représentent aujourd’hui 10 % de la population active. Il faut se pencher sur le cas des enfants de ces travailleurs immigrés pour qu’ils soient de futurs citoyens israéliens."
Un obstacle important à la constitution d’une population et d’une société unie est sans aucun doute la rupture entre religieux et non-religieux. "Il ne faut pas aller trop loin. Un peu de réflexion" souligne Epstein. En effet, les enjeux peuvent être considérables. Prenant l’exemple des manifestations des religieux pendant le shabbat contre l’usage de parkings et contre la société Intel samedi dernier, il pense que s’il ne s’agissait que de l’intérêt particulier des automobilistes qui veulent visiter Jérusalem le samedi, ce ne serait pas grave. En revanche, c’est préoccupant quand on sait que la technique est l’élément fondamental de la sécurité politique et militaire actuelle et future d’Israël. Ainsi, pour Epstein, ces revendications religieuses peuvent constituer une "menace à l’intérêt national" dans la mesure où des entreprises internationales comme Intel pourraient du coup refuser de s’implanter à Jérusalem.
Les relations entre religieux et non-religieux présentent aussi des menaces de violences internes qui peuvent ébranler la société.
Autre fracture interne importante : la fracture économique. En termes de revenus et d’échelle des fortunes, la société israélienne est très inégalitaire. "C’est une société de type pharaonique, c’est-à-dire qu’il y a une quantité énorme de richesses entre des mains très limitées » explique Simon Epstein. Il y a selon lui, des « fortunes gouvernementales, de l’argent d’Etat qui est passé au secteur privé". Les conséquences sont graves pour la société, surtout pour la classe moyenne. "En effet, l’Etat lui fournit de moins en moins des services d’éducation et de santé de bonne qualité. Les riches pratiquent l’évasion fiscale. Israël connaît une pauvreté deux fois plus importante que les pays européens."
La rupture de la classe moyenne affaiblie est un problème national car "Israël ne peut tenir que par ses qualités humaines et sa solidarité" rappelle-t-il.
Les enjeux d’une société unie
Une société qui se fracture de l’intérieur s’expose à un affaiblissement de sa capacité à faire face aux défis extérieurs. Démographiquement faible, la société israélienne connaît un besoin vital d’unité et d’organisation. "Une société politiquement incapable de faire la paix ou militairement incapable de faire la guerre ne sera pas apte à résister" affirme Epstein. Les enjeux sont sérieux : il s’agit de la sécurité d’aujourd’hui et de demain, de la paix ou de la guerre. " S’il y a de nouvelles guerres, on sait que l’arrière sera menacé et touché" souligne-t-il. "Affronter ces problèmes implique deux choses. Premièrement, des systèmes de fusées anti-fusées, et ensuite, des abris pour la défense civile. Pour les systèmes de fusées qui sont très coûteux, le ministère des Finances devraient prendre les moyens pour bien s’équiper. Or, la politique fiscale conduit à des négligences quant à la prise en compte des menaces extérieures. En ce qui concerne les abris, beaucoup de maisons n’en sont pas équipées".
Espérer un avenir de paix c’est être, semble-t-il, prêt à faire les concessions nécessaires et sans cesse œuvrer pour tisser la solidarité sociale.
Simon Epstein est l’auteur, entre autres, de Les Juifs au 20e siècle et Histoire du peuple juif au 20e siècle.