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Le YMCA de Jérusalem, ses origines, sa vision, son histoire

lundi 20 octobre 2008, par Antoinette Bremond


Qui sait encore que le YMCA est d’origine chrétienne : Young Men Christian Association ? En France, UCJG, Union chrétienne de Jeunes Gens, un mouvement protestant de jeunesse, et UCJF, Union Chrétienne de Jeunes Filles.

Entrer rue King David à Jérusalem dans ce centre culturel caractérisé par sa tour de 46 mètres de haut, un belvédère permettant une vue plongeante sur la ville, s’arrêter à l’entrée devant une plaque en trois langues, c’est comprendre très vite l’orientation particulière du YMCA international de Jérusalem : « Un endroit dont l’atmosphère est paix. Où les jalousies politiques et religieuses peuvent être oubliées et l’unité entre les nations encouragée et développée. » (Parole de Edmond Allenby lors de l’inauguration du bâtiment le 18 avril 1933.) Trois autres inscriptions sur la façade reflètent la présence de la foi juive, chrétienne et musulmane :

« - Le Seigneur notre Dieu, le Seigneur est UN » en hébreu.
« - Je suis le Chemin » en araméen.
« - Il n’y a pas de Dieu, hormis Dieu » en arabe.
Un centre culturel et sportif, un hôtel et un restaurant, où se fréquentent journellement des Juifs, des chrétiens et des musulmans, et dont le staff lui-même reflète bien la diversité de la population de Jérusalem.

A regarder de plus près cette architecture néo-byzantine, œuvre de l’architecte de l’Empire State Building, Arthur Loomis Harmon, on a l’impression d’un sermon en pierres. L’imposant bâtiment à trois façades qui apparaît dans cet ensemble architectural représente bien les trois buts que s’est donné le YMCA : être un centre pluriel, sportif, social et intellectuel, dédié à l’épanouissement de l’esprit, de l’intelligence et du corps. Trois chapelles au sommet de la tour (spirituel), un auditorium, centre d’un programme culturel et artistique (intellect) et un centre sportif avec piscines, salles de gymnastique et de fitness (corps).

Mais ce trio représente aussi les trois religions monothéistes. Douze cyprès dans le jardin, par exemple, rappellent aussi bien les 12 tribus d’Israël que les 12 apôtres de Jésus et les 12 disciples de Mahomet. A l’intérieur de l’auditorium, 12 fenêtres et 12 arches s’élevant sur les balcons. Les 40 colonnes dans la cour symbolisent les 40 ans dans le désert du peuple d’Israël et les 40 jours de tentation de Jésus. Le tout décoré de fleurs, d’animaux et de personnages du pays. A l’entrée du bâtiment principal, deux colonnes, l’une surmontée d’une tête de femme portant une cruche, l’autre d’un agneau, sur lesquelles est gravé le verset du prophète Isaïe : « On l’appellera Admirable, Conseiller, Dieu tout puissant, Père éternel, Prince de la paix. »

Mais comment tout cela a-t-il commencé ?

Le but que s’était fixé Georges Williams et ses 11 collaborateurs en créant le premier centre YMCA en 1844 à Londres, était de prendre en charge et d’améliorer la vie des jeunes gens venant de partout chercher du travail dans la capitale anglaise. Souci social et évangélique avant tout. C’est cette même vision qui est à l’origine du YMCA international de Jérusalem, ouvrant en 1878 ses portes à des jeunes gens de toutes religions et nationalités.

Durant les dix premières années, ses activités se tenaient dans une librairie chrétienne de la rue Jaffa. Comme les jeunes gens venaient du monde entier, les activités avaient lieu en anglais, hébreu, arabe, mais aussi en allemand et en d’autres langues. Après quelques années de vagabondage où les activités étaient organisées dans d’autres centres prêtés au YMCA, celui-ci s’installe en 1909 dans un bâtiment en face de la porte de Damas. Les jeunes qui y viennent sont de plus en plus nombreux, passant de 40 à 200. Les locaux deviennent trop petits.

En 1914, à la Première guerre mondiale, l’autorité turque oblige le YMCA à fermer ses portes, cette organisation leur semblant dangereuse. Mais lorsqu’en 1917 les Britanniques prennent le contrôle de la Palestine, il reprend ses activités, les adaptant à la nouvelle situation : dresser des tentes, construire des cabanes près du quartier russe pour accueillir soldats et visiteurs étrangers. En 1920, sous la direction du Dr Archibald Clinton Harte, le YMCA précise son but : être cheville ouvrière pour permettre à chacun de développer son esprit, son intelligence et son corps. Pour cela il fallait décidemment plus de place.

A Noël 1924, James Newbegin Jarvie de Montclair, venant de New Jersey, offre un million de dollars au YMCA de Jérusalem pour construire un bâtiment définitif. Les YMCA d’Angleterre et d’Amérique ayant également versé des fonds, la première pierre de l’édifice actuel est posée en 1928 sur un terrain acheté au patriarcat grec-orthodoxe. Ce sera Field Marshal Edmond Lord Allenby, commandant des forces britanniques en Palestine qui, inaugurant le 18 avril 1933 ce nouveau centre, en tracera le but : « Ici, à Jérusalem, cité sainte parmi toutes, au centre de la Palestine, terre qui fut de siècle en siècle ravagée par la guerre, se dresse un monument international de paix et de fraternité. Sous son ombre, les diverses communautés vont cesser de se disputer, les passions féroces vont s’apprivoiser et les esprits se calmer. » Les responsables des YMCA du monde entier étaient venus.

A partir de là, les divers programmes du centre se développèrent très vite : culture, expositions, concerts, théâtre, athlétisme, art, activités sociales et intellectuelles : des cours de langues, de musique, à un niveau international. Jusqu’en 1991, son stade de football sera le seul à Jérusalem.

« Mais, ces chrétiens venus s’implanter ici, n’ont-ils pas derrière tout ce beau programme un but missionnaire ? » s’inquiétèrent au début certains Juifs ou musulmans. Cette crainte non fondée disparut très vite ; preuve en est le nombre de Jérusalémites de toutes religions participant aux activités. Beaucoup de Juifs religieux en particulier utilisent la piscine grâce à l’horaire séparé pour les hommes et pour les femmes prévu par le centre.

Un lieu très utile en période de conflits

Existant avant la création de l’Etat d’Israël, ce bâtiment va être utilisé par les diverses missions internationales y trouvant un lieu « neutre », un lieu de paix.
En 1946, c’est le quartier général de la Commission d’Enquête anglo-américaine qui s’y installera, puis en 1947, le Comité de l’ONU pour la Palestine. En 1948, la ville étant divisée, le YMCA continue ses activités à l’ouest de la ville, au service principalement de la population juive. La nécessité de créer alors un centre YMCA à Jérusalem-est devint urgente. Arabes musulmans et chrétiens s’y retrouvent.

Au printemps 1948, la Croix Rouge Internationale déclara le YMCA, l’hôtel King David et le collège Terra Sancta « lieu de Genève », des havres de paix pour les non combattants de cette zone. Des infirmières arrivèrent de Suisse et s’installèrent dans le YMCA. Les drapeaux de la Croix Rouge flottèrent sur ce bâtiment. 80 réfugiés y furent accueillis, dont des Arméniens, des Polonais et des Autrichiens.

En juin 1948 le YMCA loge le Comité de Médiation de l’ONU dirigé par Folke Bernadotte qui sera assassiné en septembre. Puis ce furent des dépendances du consulat des USA. Des vice consuls de Turquie et d’Espagne y seront logés.

De 1949 à 1967, le YMCA reprend ses activités. En 1967, l’ONU y établit son quartier général pour deux mois.

Pendant toutes ces années, les activités du centre se développent, le nombre des adhérents augmente. En 1940, 1500 adhérents, dont la moitié de chrétiens, un quart de musulmans, et un quart de Juifs. En 2003 : 2600 adhérents dont 62,5% de Juifs, 19,5% de musulmans, et 18% de chrétiens.

Actuellement

L’hôtel est devenu un hôtel 4 étoiles, le snack bar s’est transformé en restaurant, « Les trois arches », et les activités se sont diversifiées, tout en gardant la même optique communautaire. Un jardin d’enfants et des camps d’été groupant des enfants juifs, musulmans et chrétiens. Un club de jeunes, un club de troisième âge. Ces programmes d’été s’adressent principalement à ceux qui peuvent payer : pour 15 jours, 1525 shekels par enfants (300 Euros) de 8h à 3h30.
Un grand chantier à l’arrière du YMCA prévoit la construction d’un immense complexe sportif partiellement souterrain.

Le personnel, lui-même formé de Juifs, de musulmans et de chrétiens, focalise tout son effort pour maintenir cette vision première d’un lieu de dialogue entre tous : créer un lieu « pour toi, qui que tu sois » à Jérusalem. Le YMCA reçoit en 1993 le prix Nobel de la Paix, et le prix Marta pour la Démocratie et la Tolérance, en 1996.

Le 75ème anniversaire

En mai 2008, le YMCA fêtait son 75ème anniversaire. Une série de soirées fut organisée à cette occasion avec des conférenciers très variés : architectes et professeurs. Ce fut l’occasion pour le directeur général actuel, Emeritus Rizek Aboushar, de raconter son parcours personnel.

En 1949, jeune arabe vivant à Mamilla, Aboushar, déjà impressionné par cette tour, la plus haute de la ville, n’y avait pourtant pas accès. En effet, sa famille était trop pauvre pour pouvoir l’inscrire aux activités du centre. Mais un camarade lui ayant parlé d’une « boîte avec une porte qui s’ouvrait quand on pressait sur un bouton, puis se refermait et vous transportait en haut de la tour », Aboushar et quelques amis allèrent voir. Ils furent attrapés par le responsable de l’ascenseur et conduits dans le bureau du directeur… où ils durent rester quelques heures. « Ce bureau qui est devenu le mien aujourd’hui ». Peu de temps après, le directeur général James Sutton, ayant besoin de main-d’œuvre, demanda à l’école d’Aboushar d’envoyer des enfants volontaires pour nettoyer le terrain autour du bâtiment. Aboushar y alla avec d’autres camarades dès le lendemain. Après trois heures de dur travail sur le terrain, ils furent invités à un festin puis à la piscine, même si personne ne savait nager. Sutton leur proposa de revenir le mardi suivant. Bien sûr. Mais ce qu’ils ne savaient pas, c’est que le directeur avait également invité un groupe d’élèves juifs pour nettoyer le jardin et tailler les arbres. Ce mardi là, « nous nous sommes trouvés mélangés. Aucun de nous ne connaissait la langue de l’autre, mais, après un temps d’adaptation, tout se passa bien entre nous. »

Pour Aboushar, ce fut l’un des moments les plus forts de sa vie. Il décida de consacrer sa vie à ce travail de rapprochement. Peu après, il commença à travailler au YMCA comme ramasseur de balles sur le terrain de tennis. En 1955 il devint le responsable des jeunes, en particulier dans les camps d’été. Puis d’autres responsabilités lui furent confiées.

En 1967, Aboushar, sa femme Alice et leurs enfants se réfugient dans ce centre. « Nous étions là 36 réfugiés arabes et juifs dont 16 enfants, ayant dû fuir nos maisons pendant les 6 jours de guerre. Autant l’atmosphère était tendue à l’extérieur, autant, à l’intérieur, elle était paisible même lors des pannes d’électricité. Je racontais des histoires aux enfants pour calmer leur crainte. »
Et Aboushar de conclure : « le YMCA ne peut changer le monde, mais si vous changez une personne, vous changez le monde. »

Le YMCA de Jérusalem-est. ( EJ - YMCA)

En I948, cinq jeunes arabes palestiniens ayant travaillé quelques années au YMCA de Jérusalem, dont Labib B. Nasir, son secrétaire principal, se retrouvent avec des centaines d’autres Arabes dans une situation de réfugiés créée par le partage de la Palestine. Soutenus par la Croix Rouge internationale et désirant être au service des leurs, ils installent un camp dans la région de Jéricho. Ces tentes dressées permettent l’accueil de milliers de réfugiés. Les cinq responsables, aidés par plusieurs organisations, réussissent tout d’abord à offrir aux réfugiés le nécessaire vital : logement, eau, nourriture, médicaments. Mais, pour ces hommes ayant acquis la vision du YMCA, il fallait faire plus. Ils commencent alors à organiser pour ces jeunes et ces familles un programme d’éducation et de loisir. Ils ouvrent une école dans l’une des tentes.

En 1950, ils mettent en route une formation professionnelle : menuiserie, ferronnerie. Cette école, commencée sous une tente, va peu à peu devenir le Centre de formation professionnelle de Agabat Jaber Refugee Camp, près de Jéricho, l’une des branches des activités de EJ-YMCA. Il permet à des jeunes gens et jeunes filles d’y acquérir un métier rentable, dans la menuiserie, la forge, la peinture, la mécanique et la maçonnerie pour les jeunes gens. En 1996, un département électronique est créé permettant à des jeunes filles en particulier de s’initier à l’ordinateur, et de devenir des professionnelles du graphisme par exemple. Ce centre compte actuellement 48 classes dont 5 pour les jeunes femmes.

A Jérusalem- est

En 1950, EJ-YMCA s’installe dans un petit bâtiment permettant de recevoir des pensionnaires et de donner des cours du soir : cours de langues, hébreu et anglais, cours de comptabilité. A l’arrière du bâtiment, des terrains de jeux et de sports. EJ-YMCA utilisera également les terrains de sport de l’école St Georges, juste en face.

En 1965, EJ-YMCA construit, 29 rue Nablus, un bâtiment comprenant un hôtel, un auditorium et un département de sport avec piscine, terrain de squash, de volley ball et d’autres jeux sportifs. Ce complexe sportif va se développer de plus en plus, offrant aux jeunes des cours, des entraînements, les conduisant dans les années 70 et 80 à participer à des compétitions internationales et même à en organiser.

Le 28 septembre 2000, la deuxième Intifada ayant très vite paralysé gravement le tourisme de la région, l’hôtel EJ-YMCA doit fermer. Il sera plus tard loué à un autre propriétaire. Les bâtiments actuels de EJ-YMCA ne comprennent plus que des bureaux et le complexe sportif.

A Beit Sahour

En 1989, EJ-YMCA crée à Beit Sahour un centre de réinsertion professionnelle nommé « Rehabilitation Program » pour répondre, entre autre, aux drames humains causés par la première Intifada : aider les blessés et les handicapés à se réinsérer dans la société. Après le 28 septembre 2000, ce programme se révèle des plus utiles. Mettant sur pied un suivi psychologique, des services de réhabilitation professionnelle et une aide médicale, ce centre permet à chacun de poursuivre sa vie… malgré tout. Un département de formation professionnelle offre à ce centre un personnel qualifié.

EJ-YMCA organise également des camps d’été et des cours de formation de responsables de jeunesse au Champ des Bergers. En 2001, en collaboration avec le YMCA des Etats-Unis, EJ-YMCA démarre un nouveau complexe sportif très moderne comprenant tous les sports fitness, avec des aménagements spéciaux pour handicapés.

A Ramallah

En 1969, EJ-YMCA loue un bâtiment pour y commencer des activités pour les jeunes et pour les enfants, après leurs heures de classes.
En 1992 s’ouvre un service aidant les jeunes à créer de nouveaux emplois et des micro- entreprises dans les territoires et dans la Bande de Gaza. C’est « Extension Servit Unit Program. » Des cours y sont proposés permettant à ces futurs créateurs d’entreprises de se former et de s’orienter. Divers secteurs sont envisagés : industriel, polytechnique etc.

Signalons encore l’existence de deux autres programmes lancés par EJ-YMCA :

- « Women Training Program », commencé en 1993 dans le but d’améliorer le statut de la femme dans la société palestinienne, l’aidant à prendre des initiatives et à s’impliquer dans le développement du pays.

- « Advocacy Desk », un bureau travaillant plus spécialement à promouvoir la paix et la justice, en créant des ponts et en collaborant avec les divers YMCA internationaux.

La vision

EJ-YMCA se définit comme une organisation chrétienne travaillant dans la société palestinienne au développement de l’esprit, de l’intelligence et du corps, parmi les jeunes en particulier, sans discrimination de sexe, âge, culture, religion, ethnie. La dignité humaine, la justice sociale et les droits de l’homme orientent toutes ses activités. Quelques hommes et femmes chrétiens palestiniens dirigent ce mouvement, en collaboration avec un personnel important indifféremment musulman et chrétien.

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